Charlotte Muller, yogi de la fertilité

Charlotte Muller, ex-avocate, enseigne le yoga et plus précisément le yoga de la fertilité. Elle sera l'invitée du talk #6 avec le Dr Debache, ex Directeur médical de la Clinique de la Muette.

Le 29 janvier 2019, nous avons acceuilli pour le talk #6 au concept store Atelier Nubio Charlotte Muller, qui enseigne le 'yoga de la fertilité' et le Dr Debache, gynécologue obstétricien, spécialiste de l’infertilité et ex-directeur médical de la clinique de la Muette. Ce talk était consacré au traitement holistique de l'infertilité.

Interview de Charlotte Muller.

Comment découvres-tu ton infertilité ?

En 2012, à 27 ans, après des années passées à l’étranger, d’abord en Asie, puis aux USA, je quitte un cabinet d’avocats au Qatar pour prendre un poste de Juriste dans un grand groupe du CAC40. Ce retour en France était la première étape d’une quête de « mieux-vivre ». En revenant en France, j'ai dû retrouver mes marques, nouveau logement, nouveau quartier, nouveaux médecins etc. A l’époque, j’avais ce que j’appelle « une gynécologue de quartier ». On a tous un médecin comme cela, choisi par praticité (à quelques rues de chez soi ou du bureau), non par affinité et encore moins pour sa notoriété.
Après 10 ans sous pilule Diane 35 et Jasminelle, cette gynécologue et moi décidions qu’il serait bon de faire un break et laisser mes cycles s’autoréguler. Concept qui m’intriguait car avant la pilule, mes cycles n’avaient jamais été réguliers.
J’ai grandi à Paris, et mène une vie de citadine active, fais du sport, sors beaucoup, voyage. Etant de nature pragmatique et cartésienne, ne pas avoir de règles pendant plusieurs mois m’avait toujours semblé bien pratique, surtout l’été ! A 27 ans, cela m'a un peu inquiétée et j’ai cherché la liste des gynécologues spécialisés dans les dérèglements hormonaux et l’infertilité.
Le nom du Docteur Debache m’est apparu comme une évidence : ancien Directeur médical de la Clinique de la Muette, le premier centre de PMA (Procréation médicalement assistée) de France en termes de nombre de FIV (Fécondation in vitro) réalisées par an et reconnu par une clientèle internationale qui louait son sérieux et sa grande bienveillance.
Un rendez-vous dans son cabinet, une échographie immédiate de mes ovaires, le diagnostic est quasi instantané, et formel : j'étais atteinte du syndrome d’ovaires polykystiques (dit syndrôme OPK) qui sera ensuite confirmé par des examens sanguins.
A l’échographie, mes ovaires ressemblent à des framboises avec plein de petits follicules (stade précédant les ovules) qui ne sont jamais arrivés à maturation. Autrement dit, je n’ovule pas car mon corps ne produit pas les hormones adéquates pour soutenir un cycle normal.
Le syndrome OPK est un dérèglement hormonal et non pas d’une maladie avec un traitement unique, les symptômes variant d’une femme à l’autre (aménorrhée, peau à tendance à imperfection, taches brunes, surcharge pondérale, perte de cheveux, hirsutisme etc. etc.).
Lors de mon diagnostique, en 2013, ce syndrome affectait 1 femme sur 13.
En 2019, il touche désormais 1 femme sur 5 dans plusieurs pays du monde, notamment au Royaume-Uni* et les statistiques demeurent les mêmes dans certains pays moins développés, comme l’Inde.

[*] <https://www.womenshealthmag.com/uk/health/female-health/a707469/pcos-symptoms/&gt;, voir aussi <https://www.londonwomenscentre.co.uk/conditions/polycystic-ovarian-syndrome&gt;

[] https://sites.ndtv.com/healthmatters/1-5-women-india-polycystic-ovarian-syndrome-heres-need-know-disorder-1388/


Que peux-tu dire de ton expérience du traitement de ta fertilité ? Comment décrire l'approche des médecins que tu as pu rencontrer ?


Entre mes 23 et 27 ans, j’ai dépendu de quatre systèmes de santé successifs. J’ai donc pu comparer la façon dont la médecine généraliste est pratiquée aux quatre coins du monde (Singapour, USA, Qatar, France). A mon retour en France en 2012, je constatais clairement une approche clinicienne (symptôme -&gt; traitement) aux Etats-Unis et en France.
Pour ce qui est des traitements de l’infertilité, le contexte légal dicte beaucoup de l’approche des gynécologues. Aux Etats-Unis, les FIV (fécondations in vitro) ne sont pas remboursées par la sécurité sociale et coûtent entre 12 000 et 15 000 usd, rien d’étonnant à ce que le nombre de naissance FIV soit aussi bas, tout le monde n’y a pas accès ! En revanche, les personnes qui y ont accès ne subissent aucune discrimination (couple hétéro ou homosexuel, diagnostique pré-implantatoire (DPI) pour écarter les anomalies génétiques ou chromosomiques de l’embryon, et ainsi réduire le risque de fausse couche, GPA etc.).
En France, une fois votre diagnostic d’infertilité établi, vous bénéficiez d’une prise en charge à 100%, dans la limite de 4 FIV, avant les 43 ans de la femme, exclusivement pour les couples hétérosexuels, DPI interdit, GPA interdite, congélation d’ovocytes interdite.
Les cycles de stimulation ovarienne sont très encadrés, ponctués d’injections et de prise de sang et d’échanges hebdomadaires avec votre médecin – il faut choisir un gynécologue en qui vous pouvez avoir totalement confiance, à qui vous n’aurez pas peur de poser toutes vos questions.

Ce syndrome OPK (ovaires polykistiques) est dû à une augmentation de la production d'hormones mâles (androgènes) qui perturbent la production des ovules. Y a-t-il un traitement médical ? Le style de vie peut-il influencer sur la régulation des hormones ? Peut-on en guérir ?


En France, entre 1 femme sur 5 et 10 est concernée par la diagnostique OPK. Un couple sur 10 rencontre des problèmes de fertilité. Et une naissance sur 30 est le fruit d’une FIV.
Le style de vie et l’alimentation sont des facteurs importants pour la fertilité et encore plus dans le syndrôme OPK.
L’augmentation de la production d'hormones mâles (androgènes) perturbent la production des ovules, et peut-être de plusieurs origines : un facteur héréditaire transmis de mère et fille, environnemental du fait de perturbateurs endocriniens, ou bien dû au stress et parfois exacerbé par une alimentation hautement inflammatoire.
Moi qui suis très active et qui aimais courir des semi-marathons fréquemment, j’ai du ré-apprendre à écouter mon corps.
Il m’a fallu comprendre que le « stress », n’est pas seulement professionnel, mais aussi physique. A l’heure où il est devenu commun de poster son « workout » sur les réseaux sociaux, je déplore l’absence d’information de l’impact de sports trop intensifs, de type High Intensity Interval Training sur la fertilité.
Pourtant plus votre corps est soumis au stress physique, tel qu’un effort cardio intense comme une préparation à un marathon, plus votre afflux sanguin va être redistribué exclusivement vers vos organes vitaux (indice : les ovaires n’en font pas partie). Le corps a une mécanique formidable et votre système nerveux sympathique vous aide à faire face à ce stress « fight or flight ».
De plus, un stress physique et/ou cardio trop intense va inciter à la production d’androgènes, de cortisol et d’adrénaline, ces mêmes hormones qui perturbent l’ovulation.


Comment s'est passé ta rencontre avec le yoga et plus précisément avec le 'yoga dit 'de la fertilité' ? Comment t'es-tu formée ?


J’ai découvert le yoga en 2008, quand je vivais à Singapour. Après 9 ans de pratique hebdomadaire, je suis devenue Professeure de Hatha yoga en 2017 au moment où je quittais le droit pour lancer ma startup @LeServiceApp.
C’était ma seconde étape, pour « mieux-vivre » et m’écouter. Le juridique était devenu un peu anxiogène pour moi. J’avais besoin de créer et non plus parer à tous les risques et éteindre des incendies.
Notre plateforme de réservation de séances de bien-être à domicile et en entreprise a été incubée à @StationF, puis nous avons créé #lappartementleserviceapp. Un boudoir poudré, niché au cœur du 9e arrondissement, à l’angle de la rue des Martyrs où des experts du wellness organisent leurs cours et évènements. J’y enseigne le Fertility, Prenatal &amp; Hormone Yoga en petit comité (8 personnes max).
Après ma formation initiale de Yoga Hatha (RYT200), j’ai beaucoup lu sur les bienfaits de la méditation sur la fertilité et la grossesse. Une étude américaine d’Harvard a prouvé que les femmes atteintes d’infertilité et qui avait recours à la FIV augmentaient leur chance de tomber enceinte de 20% à 55% en pratiquant ce yoga de la fertilité.
Une autre étude menée en Inde fait le constat similaire de l’impact positif du yoga de la fertilité, avec une augmentation de 40% à 63% de grossesse dans le cadre de transfert d’embryon congelés, ultérieur à la FIV.
Ce yoga ne vous fait pas tomber enceinte. En réduisant votre stress et en adaptant votre activité physique à votre cycle, il vient favoriser vos chances de grossesse.
Après ce constat, j’ai décidé de suivre les enseignements de plusieurs spécialistes de l’infertilité telle que l’américaine Lynn Jensen, l’australienne Ana Davis, et de la brésilienne Dinah Rodrigues, créatrice du Hormone Yoga Therapy.
Le yoga de la fertilité a une base de Hatha et utilise l’énergie Apana, énergie descendante et éliminatrice, pour se débarrasser d’un mental négatif. Ce cours permet de se connecter à soi par des mouvements du féminin.
La respiration se fait en conscience pour stimuler les ovaires dans les postures (asanas) de Hatha sélectionnées pour favoriser l’alignement, l’assouplissement et l’ouverture de hanches.
La séance inclut des exercices de méditation, pour apaiser le mental.
Bien que les séquences soient dynamiques, le but n’est toutefois pas la catharsis mais de ressortir complètement apaisée et positive.


Qui sont les femmes qui suivent tes cours de yoga ?


Peu de gens le savent mais à l’origine, le yoga a été créé par des hommes pour des hommes.
J’enseigne 3 types de yoga adapté à l’anatomie et aux hormones féminines :
fertilité – pré/postnatal – hormonal/ménopause
A chaque type de yoga sa tranche d’âge.
En yoga de la fertilité, mes élèves sont des jeunes filles aux premières règles très irrégulières qui se créent des groupes de copines et me demandent des cours à domicile. Après les récents scandales de pilule, leurs mères sont plus informées et préfèrent leur proposer une méthode alternative de régulation.
Il y a évidemment les patientes de gynécologues spécialistes de l’infertilité que j’accompagne avant et pendant la PMA et ensuite en prénatal ainsi que celles qui ont un projet de conception et souhaitent juste mettre toutes les chances de leur coté.
Enfin en yoga hormonal, mes élèves sont soit des femmes de 45/55 ans qui appréhendent la ménopause et veulent faire de la prévention soit des femmes qui l’expérimentent et souhaitent améliorer leur confort de vie. Une étude américaine a prouvé que le yoga hormonal réduit les bouffées de chaleur, tonifie le corps et améliore la qualité de vie.

Tu organises des cours pour les femmes en début de cycle et celles en seconde partie de cycle. Comment tes cours s'adaptent-il au moment de notre cycle ?
Y a-til des sports recommandés en première partie de cycle/seconde partie ? Pourquoi ?


Le yoga de la fertilité est divisé en deux pratiques, qui suivent la phase folliculaire (Fertilité 1 de J1 à J14) et la phase lutéale (Fertilité 2 de J15 à J28) de nos cycles. Je recommande de moduler particulièrement l’intensité en phase lutéale.
Durant la première partie de notre cycle, notre corps produit naturellement des androgènes qui sous l’effet d’une enzyme libère les œstrogènes dont nous avons besoin pour ovuler.
Les androgènes nous dynamisent et favorisent l’activité physique. Selon des ostéopathes, les œstrogènes assouplissent les tendons. C’est une bonne chose, vous vous sentez agile et souple entre J6 et J14 !
Durant la seconde partie de notre cycle, notre corps produit en plus de la progestérone pour accueillir la nidation. Pour les femmes qui cherchent à tomber enceinte, je recommande des pratiques plus douces à partir de J14. Le Yoga de la Fertilité 2 travaille en ouvertures de hanches, pour apaiser et relaxer, en évitant les torsions, les contractions et la respiration du feu.


En quoi la nutrition impacte-elle notre cycle, notre fertilité ? Doit-on résister à notre envie de sucre/junk food avant les règles ? Pourquoi ?*


Durant vos règles, la muqueuse de votre endomètre se renouvèle et élimine, entre autres, le sang qui la tapissait. Les contractions que vous ressentez sont dues à la prostaglandine.
Or cette hormone ne va pas affecter seulement l’endomètre mais également vos intestins, qui vont également se contracter. Il est d’ailleurs courant d’avoir les intestins dérangés avant et pendant les règles.
Par conséquent, toute la nourriture inflammatoire et/ou qui ne se digère pas doit être évitée.

Ndlr: Une
cure de jus* est idéale juste avant vos règles


Quelles bonnes pratiques peu-tu nous partager pour réduire les risques d'infertilité (pour soi et nos filles après nous) ?


La meilleure pratique c’est d’en parler et de partager cet article entre femmes ! La fertilité, l’infertilité, les dérèglements hormonaux ne devraient pas être tabous.
Il faut en parler pour sa santé et non pas seulement sous un prisme de parentalité. Les dérèglements hormonaux peuvent être à l’origine de maux de tête voire d’intenses migraines, de prise de poids, d’irritation cutané chronique etc.
L’âge auquel la femme a son premier enfant ne cesse de reculer. Autant se poser les bonnes questions maintenant, et ne pas se dire qu’on y réfléchira quand le sujet de la parentalité sera d’actualité.
Interrogez-vous et questionnez vos amies : notre mode de vie contribue-t-il à préserver notre fertilité ?
Faire ses examens gynécologiques : la fertilité décroit très rapidement après 35 ans. Il faut commencer à se poser les bonnes questions sur sa fertilité dès 30 ans. Des cycles réguliers se sont pas synonymes de fertilité, ni d’ovulation de qualité et garantissent pas votre réserve ovarienne.
Eviter le stress : Le liquide ovarien se renouvelle la nuit. Ainsi des nuits courtes et un cycle de sommeil irrégulier n’aident pas.
Se tenir à distances des perturbateurs endocriniens : La composition de nombreux produits de beauté est très toxique. Privilégiez les produits bio. Si vous ne pouvez pas le manger, pourquoi l’ingéreriez-vous via votre peau ?
Adopter une alimentation nourrissante : personnellement, si cela n’existe pas dans la nature ou s’il me serait impossible de le cuisiner car c’est bien trop d’étapes de transformations industrielles, je ne le consomme pas : énormément de légumes verts, des fruits, des protéines céréales.
Et pratiquer une activité physique : idéalement respectueuse de votre fertilité.