DES NOUVELLES DU FRONT #2

Le journal de guerre d'Atelier Nubio continue. Partie 2 : on s'organise pour survivre et participer au monde de demain (du 18 au 22 mars).

Retrouvez la première partie 'Le Choc' ici.

C'est moi, Claire, l'une des deux fondatrices d'Atelier Nubio qui tiens ce journal de bord. L'objectif est de consigner les étapes, ce qui se passe sur notre 'front', conserver une trace des émotions, des décisions, des lueurs d'espoir - je me permettrai aussi d'écrire si ça ne va pas, si je ne sais pas, si je suis perdue, si on est perdus.

Ecrire, ça (me) fait du bien, et j'espère vous en faire aussi en partageant. J'y relaierai aussi ce que vous nous enverrez via la boîte de <ensemble@ateliernubio.fr; (vous pouvez nous écrire des choses qui vous ont fait du bien - ou vous ferait du bien (on est là pour ça !), vos recettes, vos jolis mots, vos coups de blues aussi. Anything You Want.)

Chaque jour, nous partageons des choses qui nous ont fait du bien, à l'équipe, aux gens qui nous écrivent. Ces conseils résonneront peut-être en vous aujourd'hui, peut-être demain et peut-être pas. La seule chose dont je suis sûre depuis le début de cette crise sanitaire, c'est que chacun réagit différemment, que nos émotions évoluent d'un jour sur l'autre. Ce qui fait du bien un jour n'a aucun impact le lendemain. C'est une construction, une adaptation - tout doit être réinventé.

Mercredi 18 mars.

Les gagnants ne sont pas les plus forts mais ceux qui s’adaptent le plus vite. Cette phrase, je l'ai lue dans l'email d'un fonds d'investissement. Aujourd'hui, elle m'a fait réfléchir, elle m'a fait chercher, elle m'a forcée à imaginer le monde d'après (hier je l'aurais sans doute rejetée - suis-je en compétiton ? Avec qui ? Qu'est-ce que j'ai à gagner alors qu'on parle de centaines de milliers de morts ?).

Dans cet email, l'auteur détaillait plusieurs scenarii. Un optimiste, un central et un pessimiste. Seul le scenario 'optimiste' (dans le cas de médicaments ou de vaccins efficaces disponibles très rapidement) décrit une reprise 'comme avant' pour la fin de l'année. Et si on ne pouvait pas reprendre 'comme avant' ? Et si un nouveau monde émerge des cendres de celui qu'on a connu (aimé et haï) et dans lequel les règles, les pouvoirs, les valeurs sont différentes ?

L'Homme est résilient, il s'adaptera. Soyons les plus rapides pour imaginer le monde de demain pour ne pas avoir à subir celui qui pourrait nous être imposé. Si nous sommes passifs, des dictateurs seront élus, le nouveau monde sera encore plus violent et absurde que l'ancien. Et nous, nous nous adapterons à ce monde-là aussi. Car nous n'aurons pas le choix.

Aujourd'hui, j'ai cuisiné pour la première fois depuis le week-end (j'y passe 'normalement' un temps substantiel) Vous cuisinez-vous en ce moment ? (Vos bonnes recettes à <ensemble@ateliernubio.fr;)

Soupe rose inspirée de 'Its' all good' de Gwyneth Paltrow :

Pour 4 personnes

1 oignon jaune ou rouge détaillé en dés

3 gousses d'ail

1 joli fenouil détaillé en dés

1 belle betterave pelée et détaillée en dés (je sais que beaucoup de gens n'aiment pas mais c'est un légume qui se conserve bien !)

1 à 2 petites pommes

6 cups de 'bone broth' ou bouillon végétal (ou eau)

Origan, muscade et thym (faites avec ce que vous avez !)

Sel/poivre

Faire revenir dans 1 c à soupe d'huile d'olive l'oignon, l'ail, le fenouil et du sel. Laisser cuire 10 minutes puis ajouter la betterave, les pommes,le bouillon et les épices. Laisser cuire 30 minutes. Passer en mixeur, assaisonner du poivre.

Update Activité Atelier Nubio : Production et eshop en activité. Livraisons assurées dans toute la France hors frais (nous reprenons les livraisons en frais dans toute la France la semaine du 6 avril ndlr).. Livraisons de tous les produits à Paris & proche banlieue. On n'a plus de miel de Manuka ! On en reçoit fin de semaine (100 MGO+ et 300 MGO+)

Crédit photo @mylittlefabric

Jeudi 19 mars.

Résister pour être encore là demain. Nous nous sommes beaucoup posé la question de poursuivre notre activité, autorisée et même encouragée depuis lundi dernier (lire la partie 1, le choc).

Chaque demi-journée, nous avons pris des décisions pour instaurer de nouvelles mesure de sécurité, préserver l'équipe de production (sans recourir à des personnes extérieures) et maintenir nos engagements vis à vis de nos clients qui nous font confiance et nous soutiennent depuis le début. Nous devons piloter à vue - et ne pas attendre. Si nous attendons, que nous nous mettons en pause, le Small Giant que nous avons construit depuis six ans disparaîtra - et avec lui, son équipe et son précieux éco-système de livreurs, fournisseurs, producteurs & freelances.

Oui, le e-commerce (Amazon embauche à tour de bras) et la grande distribution (et ses milliers de héros discrets, magasiniers et caissières) sont deux secteurs superactifs depuis une semaine. Aucun risque qu'ils ne disparaissent avec la crise, ils en ressortiront encore plus puissants, ne laissant plus aucune chance aux petits commerçants et aux marques d'entrepreneurs comme la nôtre.

Nous ne disparaitrons pas, nous continuerons à produire, livrer, inventer, surprendre, et ce jusqu'au bout de nos forces - car c'est là notre talent. Nous devons survivre, car les entreprises comme la nôtre doivent faire partie du monde de demain.

Update Activité Atelier Nubio : Production et eshop en activité. Livraisons assurées dans toute la France hors frais
(nous reprenons les livraisons en frais dans toute la France la semaine du 6 avril ndlr). Livraisons de tous les produits à Paris & proche banlieue assurées.

Vendredi 20 mars.

L'humanité va-t-elle en ressortir grandie ? Marina Foïs a traduit et synthétisé un article paru dans LA REPUBLICA sur la thèse de Quarantelli : Pire est la situation, meilleures se révèlent les personnes.


Enrico QUARANTELLI (1924-2017) n’était pas un utopiste, mais un sociologue spécialisé dans les réactions aux désastres. Il commença ses travaux après une tornade qui dévasta l’Arkansas en 1952, mais ce fut le grand tremblement de terre en Alaska en 1964 qui lui permit de tirer ses premières conclusions : les catastrophes font émerger le meilleur de l’humanité.


Il est faux de penser que les gens réagissent de manière hystérique. La solidarité prévaut sur le conflit. La société devient plus démocratique. S’évanouissent, au moins temporairement, les inégalités et les distinctions de classe. On souffre ensemble, on travaille ensemble. Le désastre éloigne le superficiel et laisse apparaître l’essence des choses.

A qui lui demandait pourquoi on avait tendance à penser le contraire de ce que ses recherches démontraient, il répondait : « C’est difficile d’accepter que la bonté soit la normalité, c’est une vérité trop rassurante'. Merci Marina, je vous recopie sans changer une virgule, ce qui est très rare, mes collaboratrices confirmeront !

Sans être particulièrement cynique (je suis plutôt de nature enthousiaste), j'étais plutôt encline à penser, angoissée, que cette crise allait renforcer les inégalités sociales - et sera un terreau fertile à l'émergence d'opportunistes en tout genre, de populismes, de fascisme (je ne suis pas historienne mais l'évocation des conséquences de la crise de 1929 me font trembler).

Alors que nous sommes tous confinés, des héros très discrets font tourner le pays. Comme l'écrit très justement Géralidine Dormoy 'Alors que je vous écris depuis mon appartement douillet que je n’ai guère quitté depuis lundi, deux hommes en bas de ma rue désinfectent les trottoirs, uniquement protégés par leurs masques. Une France moins favorisée s’active et s’expose dehors au virus. Nous remercions comme nous pouvons les soignants, mais comment marquer notre reconnaissance envers les fonctionnaires, les caissiers, les livreurs, les agents de sécurité et sûrement d’autres professions auxquelles je ne pense pas ?'

J'aimerais être convaincue par la thèse de Quanrantelli (il me faudra peut-être un peu de temps). Pour le moment, je pense que les cons resteront cons (aucun autre adjectif ne me vient). En revanche, ceux dont la sensibilité est touchée à coeur vont réagir, dépasser leurs zones de confort, réinventer leurs relations avec les autres - et tout ça pour le meilleur.

Nous vous remercions infiniment de soutenir l'activité. Gabrielle et moi avons décidé de reverser chaque semaine 10% du chiffre d'affaire des ventes réalisées pendant le confinement au fond d'urgence créé par l’APHP pour la recherche sur le Coronavirus. Premier versement lundi !

Crédit photo @mylittlefabric

Samedi 21 mars et dimanche 22 mars.

FOMO du confinement. Cela fait à peine plus d'une semaine que tout cela a commencé. Et pourtant, j'ai l'impression que cela fait beaucoup plus longtemps. Est-ce parce que mon quotidien de mum-entrepreneur (intense mais somme toute bien réglé) a explosé ? L'incertitude absolue sur un tas de paramètres perturbe tous les repères et les prises de décision.

Combien de temps le confinement va-t-il durer ? Allons-nous pouvoir poursuivre notre activité ? Devons-nous la poursuivre ? Quel sera l'impact sur l'économie ?

Suis-je porteuse de ce virus dont on sait si peu de chose - la liste des symptômes, le temps d'incubation, la léthalité évoluent chaque jour, d'un pays à l'autre ? L'ai-je déjà transmis sans le savoir ? Mes proches sont-ils à risque ? Les enfants asymptomatiques peuvent-ils le transmettre ? Doit-on arrêter de câliner nos petits ?

Que va-t-il se passer après le confinement ? La seule issue à cette épidémie n'est-elle pas un vaccin ? Où en sont les recherches ?

Comment aider la communauté, les plus fragiles qui ne peuvent ni utiliser un ordinateur, ni se déplacer pour faire leurs courses, être soignés ?....

Que pensez-vous de ce déchaînement d'injonctions à 's'occuper intelligemment'? Toutes les marques, toutes les sportives, yogi, cook, beautistas et même philosophes nous ont abreuvé.es de lives et de videos - je ne sais plus où donner de la tête avec tous les cours virtuels, les méditations collectives, les bricolages pour enfants, les recettes de cuisine qui me sont proposés (et que j'adorerais suivre), sans compter les podcasts (que je suivais 'avant' et ai totalement abandonnés ne prenant plus le métro). J'ai aussi une liste bien fournie de livres et films que je consigne à chaque écoute du 'Masque et la plume' ou de discussions avec mes amies ou ma mère qui lit beaucoup et me sélectionne des livres réjouissants. Je n'ai même pas eu le temps de me poser la question de ce que j'allais lire. Je n'ai pas réussi à suivre un seul cours virtuel et ai à peine lu 30 pages de 'My Absolute Darling' de Gabriel Tallent depuis le début du confinement.

J'ai le sentiment d'une sur-sollicitations de toute part 'pour se pas s'ennuyer' auxquelles s'ajoutent les newsletters professionnelles concernant les mesures à prendre de toute urgence pour sauver nos business que je me dois de lire et d'appliquer (certaines vidéos font 20 minutes !)...Je suis littéralement victime d'un FOMO (fear of missing out) couplé de la culpabilité de ne pas arriver à 'profiter du confinement pour faire toutes les choses que je n'ai pas le temps de faire en temps normal'.

Beaucoup de contenus diffusés sont d'excellente qualité - et de nombreuses newsletters me sont très utiles. Moi qui suis 'en temps normal' avide de contenus et de nouvelles expériences, j'avoue que la situation actuelle m'écrase tellement je peine à assurer mes priorités, qui sont en ce moment de prendre soin de ma fille de 3 ans, de mon mari, mes collaborateurs et les clients d'Atelier Nubio, qui continuent à nous soutenir (et nous leur en sommes infiniment reconnaissantes). J'ai décidé de ne me référer qu'à la sérendipité - j'ouvre une newsletter sur 50 et je vois ce qu'elle m'inspire.

Souhaitez-vous qu'Atelier Nubio crée aussi un planning de lives avec sa communauté (yoga, pilates, face yoga, kid yoga, massage du visage, recettes....)- ou vous avez déjà de quoi faire ? Nous avons fait le choix de diffuser des stories divertissantes sur Instagram et de reposter des initiatives que nous aimons.*

Lire la suite 'On retrouve notre capacité à rêver' ici.